le 3/10/2012

Audiovisuel, territoire oublié

Dans une récente déclaration au journal Le Monde, Aurélie Filippetti, ministre de la Culture, estime que la régionalisation de France 3 serait « trop coûteuse ». Dans ce contexte, il est essentiel de rappeler que la production audiovisuelle et cinématographique en régions est un « territoire oublié » de la décentralisation. Les chiffres sont accablants : en 2010, 94% des rémunérations des artistes et techniciens, permanents et intermittents, de l’audiovisuelle et du cinéma (source Audiens) ont été versées par des producteurs franciliens. Les chiffres plus anciens, de 2000, sont quasiment identiques, la tendance à la centralisation de cette filière est d’une consternante stabilité. Ce constat est d’autant plus paradoxal que, dans la même période, les collectivités territoriales ont fortement augmenté leurs soutiens au cinéma et à l’audiovisuel. On assiste donc à une forte « captation » des financements régionaux, par des acteurs économiques issus quasi exclusivement d’un unique territoire. Aucune autre forme d’expression artistique n’a concentré à ce point son mode de financement et de décision : le théâtre, la danse, les musiques classiques ou actuelles, les arts visuels, l’architecture se financent de manière plus équilibrée, sur tous les territoires. Mais pour l’audiovisuel ou le cinéma, une seule région prime et tend à exclure les professionnels implantés hors d’Ile de France.

L’enjeu ne se limite pas à une question d’aménagement du territoire et de coût Mais bien plus, à l’enjeu central de la diversité et de la création culturelle. Une seule région ne peut suffire pour embrasser les expressions, les sensibilités, les spécificités d’un pays si divers que le nôtre. La pluralité des points de vue, l’expression de la diversité de tout un territoire sont les clefs de l’exception culturelle française.

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