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le 25/07/2003 par Couac

Lettre à Jean-Jacques Aillagon

décentralisation

Le ministre de la culture et de la communication a reçu le Couac lors de sa visite en MP en septembre 2003. Au cours de cet entretien nous lui avons remis notre "lettre" contenant un certain nombre de questions que nous souhaitions aborder. Le Couac lui avait également préparé "un comité d’accueil" lors de l’inauguration de l’exposition au musée des Augustins et les intermittents s’étaient invités à l’inauguration du Printemps de Septembre.






Questions à Jean Jacques Aillagon, rencontre du 27 sept 2002

-  Sachez que « vos oreilles et votre voix », vos conseillers d’en haut et d’en bas, vous entourent d’un bon cordon de protection : votre proposition de juin de nous recevoir pour une réunion de travail en septembre a été très difficile à concrétiser ! Attention que votre volonté affichée de rencontrer les « laissés-pour-compte de la culture » ne soit pas trop contredite par vos zélés protecteurs.

-  Nous allons dans cet entretien représenter ces fameux laissés pour compte : champ englobant ce qui n’est pas que l’excellence, mais plutôt ce fameux vivier de compagnies de spectacle vivant, ces lieux d’expression alternative - concept qui vous est cher-, ces endroits qui renvoient au socioculturel, aux lieux de pratiques artistiques, aux enseignements artistiques, aux précaires RMIstes et néanmoins artistes, aux associations multiples et fondamentales pour rapprocher les citoyens de la culture (voir programme culture du RPR ).

-  Vous concluez votre entretien dans la lettre du spectacle de juillet en espérant que sous votre ministère une période d’effervescence de création se développe : pour l’effervescence nous la vivons, mais pour des moyens pour la création, on est inquiet ! D’autant plus que vous avez déclaré avec raison : « sans moyen, pas de politique culturelle possible ».

-  Vous déclarez en juillet : « j’aimerai bien que nous puissions distinguer des moyens supplémentaires sur le budget 2003 pour accompagner les formes nouvelles d’expression » et que « vous pourriez être amenés à soutenir de façon très volontaire telle ou telle autre forme innovante. Mais votre directeur de cabinet déclare : « Actuellement, il est difficile de gérer l’existant, nous sommes donc très peu en situation d’innover ». L’Express rapporte qu’à l’elysée, on dit que « son ministère est en faillite ». Mais nous vous entendons à France Inter nous annoncer qu’il vous reste 500 millions d’euros sur le budget 2002. Nous sommes prêts à vous aider à les dépenser !

-  La décentralisation : Dans sa forme la décentralisation appelle un comité de pilotage dont le travail sera alimenté par trois commissions (est ce suffisant ?) patrimoine, création et diffusion, éducation, formation et pratiques culturelles. Il est une évidence pour nous : le COUAC doit être associé à ce travail sur l’ensemble des commissions. Nous attendons un engagement de votre part. Au-delà de l’indispensable association des acteurs culturels, et pas uniquement conventionnés ou repérés par vos services, juste quelques éclairages sur les déviances possibles de la décentralisation selon nous :
- déconcentration de compétences suivies de déconcentration de crédits, comment ? Pour qui ?
- disparité déjà existante entre directives nationales et applications en région
- qu’en sera t-il du rôle d’arbitre - inspirateur du ministère auprès des élus locaux ? est - il question de formation des élus locaux en matière de politique culturelle ? Nous espérons que ce projet ambitieux va réduire la fracture entre l’art et la cité, et que cette décentralisation servira l’expression citoyenne. Juste deux remarques venant de saines lectures : « Projet du RPR sur la culture » que vous devez bien connaître :
-  « Faire des associations des outils majeurs de l’aménagement du territoire culturel » : nous ne vous avons pas entendu ou lu sur ce sujet depuis que vous êtes ministre. Est-ce parce que les contradictions avec votre amie, la mairesse de Montauban sont trop fortes sur ce sujet ?
-  « Le champ des nouveaux transferts de compétence doit être largement ouvert : toutes les actions de l’Etat actuellement déconcentrées entre les mains des préfets de Région (en pratique, entre celles des Dracs) sont à priori susceptibles d’être transférées aux collectivités territoriales, avec des crédits et des postes budgétaires correspondants » : est-ce donc la nouvelle philosophie de ce ministère « qui veut trop embrasser et étreint mal »
-  Au lendemain du premier tour des présidentielles, Le Monde a titré « la politique de l’élitisme pour tous dans l’impasse », comptez vous poursuivre la politique de l’excellence artistique comme seul critère d’éligibilité avec une politique pyramidale de labellisation ?

« Le tiers secteur »
-  Depuis les années 90, un "tiers secteur" s’est développé de façon durable autour des lieux intermédiaires, des lieux de musiques actuelles et amplifiées, de télé associatives, des émergences diverses,… Tous (artistes, opérateurs culturels,…) refusent l’institutionnalisation traditionnelle et la transformation marchande, et presque tous se revendiquent plus d’un mouvement d’utilité sociale et de démocratie culturelle que de démocratisation.
-  Comment comptez-vous identifier et assumer politiquement, fiscalement, juridiquement, socialement et économiquement ce champ, ce « réservoir de potentialités » ?
-  Ce tiers secteur dépend de plusieurs ministères : ministère de la culture, du travail (emploi jeune), des finances (fiscalité), …Comptez-vous développer les relations entre ministères ? Quelles relations comptez-vous développer avec l’Ufisc (qui regroupe la Fédurock, la Fédé des arts de la rue, FéderCies, le Syndicat des Nouvelles Formes des Arts du Cirque) et qui travaillent sur ces sujets ?

Les nouveaux territoires de l’art Vous avez souvent été louangeur envers Michel Duffour : « il a accompli sur le terrain un travail très sensible, très assidu, très intelligent. » D’ailleurs, vous voilà sur le terrain comme lui, plusieurs jours :
-  Comment allez-vous financièrement pouvoir accompagner ces projets :Les 18 millions de francs minimum prévus en 2003 seront-ils confirmés ?
-  L’équipe réduite sur les NTA sous la direction de jean Digne est-elle opérationnelle ? Il nous semble fondamental qu’une équipe puisse faire un boulot interministériel (ville, éducation, culture, travail, budget, …) et soit une boite à outil pour les collectivités comme pour les équipes qui animent ces lieux.
-  Nécessité de faire un point sur Mix’art Myrys soigneusement évité par cette visite en région ! Nous sommes surpris d’apprendre que sur un sujet aussi « chaud », la Drac et la Préfecture laissent passer 3 mois sans se téléphoner !
-  Vous déclarez « Je suis toujours très embarrassé - et c’est un euphémisme- lorsque j’apprends que des crédits sont utilisés de façon différente de l’usage auquel ils étaient théoriquement destinés ». Michel Duffour et des membres de son ex-cabinet avaient l’air très déçu, voire en colère d’apprendre que des sommes de l’ordre de 300 000 F n’avaient pas été versées à Mix’art ou à la Grainerie…
-  Nécessité par rapport aux autres lieux en agglo, (Usine, Grainerie, musiques actuelles,…) q’une volonté forte et claire de l’Etat soit affirmée, suivi d’une mise en œuvre rapide de prise en compte dans les contrats d’agglomération ou encore avec la Région.

Les musiques actuelles et amplifiées
-  Les musiques actuelles se retrouvent en grandes difficultés en Midi Pyrénées : dans les villes de Montauban, de Tarbes, de Castres, de Cahors pour les raisons déjà évoquées, mais aussi à Toulouse et son agglo où l’équation Baudis + AZF est synonyme de désert musical. Devant ces difficultés, comment tisser des relations saines et cohérentes avec les collectivités territoriales ? Quelles sont vos propositions ?
-  Le désengagement de l’Etat sur les festivals qu’ils soient de musique ou d’autre forme provoque de vives réactions tant des collectivités que des acteurs surtout quand ces festivals sont associés à une action culturelle sur l’année. D’autant que ce désengagement paraît être en totale contradiction avec le besoin de développer un aménagement du territoire lié à l’éducation artistique.

Les arts du cirque et les arts de la rue Nous avons noté avec satisfaction que les attributions de Laurent Brunner sur le site du ministère ont été modifiées : « Chargé des dossiers relatifs au spectacle vivant (danse, théâtre arts de la rue et cirque) ». Merci du rajout significatif à nos yeux. Les arts de la rue et du cirque ont besoin eux aussi, d’une politique d’accompagnement. Les coups de projecteur, type année des arts du cirque n’ont pas réglé les problèmes de fond. Qu’en est-il des mesures nouvelles réclamées par la Fédé des arts de la rue et le SNFAC (Syndicat des Nouvelles Formes des Arts du Cirque) ?

Audiovisuel La concentration parisienne du ce secteur n’a pas d’égal, 80% de la production est dans la capitale et si l’on analyse les flux financiers : l’audiovisuel en France est parisien à plus de 90% ! Les chantiers qui nous paraissent urgents :
- Régionalisation de France 3 : Comme dans toute l’Europe, Les antennes régionales doivent devenir de véritables chaînes régionales de télévision publique. Le service public doit contribuer à l’aménagement audiovisuel du territoire, il doit le faire en partenariat avec le secteur audiovisuel régional, ce qui rompra singulièrement avec les pratiques actuelles.
-  Décentralisation du Centre National de la Cinématographie : En créant des représentations régionales et en déconcentrant certains budgets. Nécessité de renforcement en matière d’équipe et de compétence des Dracs
- Le CNC doit aider à la diffusion des oeuvres en région en privilégiant les contenus au supports (notamment pour les documentaires). Le CNC doit maintenir les agréments de coproduction avec les chaînes locales.
- Tiers Secteur Audiovisuel : Au plus près des problèmes locaux, les télévisions associatives doivent être considérées comme un élément essentiel d’un processus de décentralisation et d’expression citoyenne.

Les emplois dans la culture :
-  Fin des emplois jeunes (qu’en est-il des aides à leur maintien pour les chanceux qui sont en cours), nombre des Contrats-emploi-jeune en chute libre,…mise à mal des Contrats emploi-consolidé
-  Comment comptez vous aider à la mise en place d’un véritable statut social des artistes et techniciens qui ne nous obligeraient plus à être des « chômeurs professionnels ».
-  Avez-vous conscience des baisses constantes de revenus des chanceux intermittents : passage aux « heures » et non plus aux cachets pour les régisseurs, doublement des charges Unedic alors que les contrats de saison 2002-2003 sont signés,…
-  Nous sommes surpris de vous entendre dire qu’ « il faut éradiquer les abus du régime des intermittents », qu’il y a « d’innombrables abus ». Votre directeur de la Drac MP déclare dans une réunion à la Région que le système de l’intermittence est « basé sur la fraude ». Cela fait des années que nous crions que nous voulons une remise à plat du fonctionnement de notre secteur, mais il faudrait arrêter de tirer sur l’ambulance : vous pensez que l’Etat n’a aucune responsabilité ( et d’autres collectivités aussi) dans cette situation ? Et le creusement du trou de l’Unedic (avec la réapparition de celui de la Sécu) a bien arrangé les gouvernements de gauche ou de droite. Le vrai problème réside dans la charge réelle du coût du travail de nos professions avec ses jours chômés que personne ne veut supporter : ni les employeurs (qui souvent ne le peuvent), ni la puissance publique !

Les compagnies :
-  Nous n’aurons pas le temps de faire un bilan de la réforme d’aide aux compagnies et de savoir quelles modifications vous comptez y apporter : pourquoi ne pas inciter les comités d’experts, comme cela déjà se fait en Rhône Alpes depuis 2 ans à accueillir des compagnies en son sein ?
-  Qu’en est-il de la levée de l’interdiction de déposer 2 ans de suite des dossiers d’aide aux projets : les compagnies de Rhône Alpes bénéficiaires de cette évolution avaient obtenu de Madame Tasca la levée de cette restriction pour tout le territoire !

Toulouse Que répondez-vous au maire de Toulouse quand il déclare « A Toulouse, nous consacrons 14 % du budget à la culture, alors que l’Etat ni consacre que 1 %. L’Etat doit nous aider davantage (…) ». Vous pouvez, comme nous, lui rappeler que, quand il était ministre de la Culture, son budget servait de « variable d’ajustement » pour le gouvernement. Quels sont les projets que vous comptez soutenir prioritairement, aider davantage : le Théâtre du Capitole et la prison St Michel, les cultures émergentes ou tout à la fois ?

Les financements de structures type Couac Les représentations classiques de type syndical ou patronal sont particulièrement faibles dans nos secteurs et nous avons du mal à nous retrouver dans le paritarisme actuel (d’autant plus que nos collectifs sont à la fois employés et employeurs)
-  Le COUAC réalise un énorme travail de formation, de mise en réseau, de transversalité entre disciplines artistiques, de réflexion sur les évolutions des territoires (communes, agglos, pays,…), de débats, de sensibilisation aux responsabilités de citoyens culturels qui incombent à ce secteur..
-  Certes Douste Blazy nous dit que c’est du pain béni pour lui que d’avoir des gens fédérés devant lui, certes la Drac nous dit que nous sommes des interlocuteurs privilégiés, mais les deux répondent à l’unisson qu’il est impossible de nous aider financièrement !
-  Or des financements sont possibles au niveau national pour des fédérations ou des syndicats, et certaines Dracs aident des regroupements en région ( voir encore une fois Rhône Alpes !). Comment faut-il faire pour en obtenir ?



  • Agenda 21 de la Culture

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  • Fin des contrats aidés ?

  • 10 ans de Couacs

  • Femmes et culture

Déclaration de M. Michel Duffour

L’ex-secrétaire d’Etat au patrimoine et à la décentralisation culturelle a prononcé ce discours sur le service public de la culture et la décentralisation culturelle et l’inégalité d’accès à la culture, le 18 mai 2001, à Lyon.


http://discours-publi (...)


Intercommunalités

Un dossier "Décentralisation culturelle" réunit trois entretiens sur le site Intercommunalites.com : avec Anita Weber, déléguée au développement et à l’action territoriale au ministère de la Culture et de la Communication, un entretien avec Pascal Ory, adjoint au maire de Chartres, historien ainsi qu’avec René Rizzardo, directeur de l’Observatoire des politiques culturelles.


http://www.intercommu (...)


Les protocoles de décentralisation culturelle

On trouve encore sur le site du ministère de la culture de vieilles pages présentant les "protocoles de décentralisation culturelle " signés en 2001... Lozère, PACA, Aquitaine, Lorraine...


http://www.culture.go (...)