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le 18/02/2008 par Eric Fourreau

Pierre Cohen, soyez audacieux, réveillez Toulouse !

Contribution
lettre ouverte


Dans le cadre de la campagne municipale à Toulouse, Éric Fourreau adesse une lettre ouverte à Pierre Cohen, candidat PS, sur la politique culturelle de la ville.






Un jour, on assiste au championnat de France de slam animé par M. Mouche, un autre à un « tournoi de catch des dessinateurs » rivalisant d’humour et d’à-propos, ici aux « voyages magnétiques » de la station Mir, là aux joutes musicales Fightpod, ailleurs aux 1001 Nuits d’Olbrius, des lectures continues pendant sept jours, puis au festival des écoutes sonores radiophoniques, avant de croiser des hip hopeurs venus faire leur battle dans des lieux publics, les plasticiennes de La Luna entraînant avec elles les habitants dans leur campement urbain, avant de finir la soirée dans les salles de concerts animées (L’Olympic, Le Floride…)… La liste serait longue et je passe sur les institutions, Folles Journées, Lieu Unique, Pannonica, Grant T, sans parler de l’incontournable Royal de Luxe et du parc d’attraction poétique de François Delarozière, l’une des plus belles innovations artistiques et urbaines du XXIe siècle. À Toulouse cette effervescence, ce bouillon d’imagination, cette vitalité créatrice, ces lieux d’échanges avec les habitants ? Non, malheureusement… On aura reconnu Nantes qui « de belle endormie » lorsque Jean-Marc Ayrault s’est emparé de la mairie est devenue l’une des places fortes françaises et européennes de la création et de l’inventivité.

En ce début de XXIe siècle, Toulouse ressemble fort au Nantes des années 80, endormie après 22 heures, sans relief artistique, sans vitalité culturelle chez des acteurs souvent usés par leur dialogue de sourd avec la mairie qui est restée concentrée sur quelques institutions et événements. C’est dire si l’enjeu des municipales est majeur et stimulant pour le futur maire, que l’on souhaite de gauche [1] pour marquer une véritable rupture par rapport à la « politique culturelle » menée sous la droite depuis trente-six ans. Observateur des politiques culturelles en France depuis une quinzaine d’années [2] , j’ai souvent entendu citées en exemples des villes pour leur dynamisme en la matière et leur implication en profondeur (en plus de Nantes, Rennes, Lille, et pour citer des villes de droite, Amiens, Annecy) et vu sourire les gens dès lors que l’on évoquait le cas de Toulouse. La fameuse bourde de laisser partir Royal de Luxe à Nantes ? Pas uniquement, c’est sans doute l’arbre qui cache la misère. Pour prendre un exemple, dans une ville réputée pour son vivier musical, comment est-il possible de ne pas avoir encore impulsé un lieu de pratiques dans ce domaine, une scène de musiques actuelles comme il en existe une centaine sur le territoire national ? Sans dresser un inventaire qui serait malheureusement trop long, a-t-on seulement pensé à une politique du livre ? Sait-on simplement qu’il existe des foyers d’imagination et de création dans le slam ou le hip hop ? En culture comme ailleurs, l’ignorance réservée aux pratiques et aux aspirations des habitants des quartiers périphériques en dit long sur le mépris qui leur est voué.

Aussi, cher Pierre Cohen, si vous accédez au Capitole en mars prochain, une chance extraordinaire vous est offerte dans le domaine culturel : tout n’est pas à faire mais tout est à repenser. En commençant par les fondations : la culture, c’est quoi ?, par qui ?, pour qui ?

Comme le langage commun a tendance à s’emmêler les pinceaux entre les termes d’art et de culture, disons pour simplifier que l’art est une pratique ou une expression de création, qui ne s’accomplit totalement qu’au travers des expériences relationnelles et esthétiques, et que la culture est l’environnement symbolique des expressions artistiques. D’où l’importance de ne pas confondre, comme le fait le ministère de la Culture depuis plusieurs décennies, politique artistique et politique culturelle. La politique artistique est nécessaire car sans aide à la création et aux artistes, il n’y a pas de culture. Mais elle n’est bien sûr pas suffisante et doit être articulée avec une politique culturelle qui réponde aux deux autres questions : l’art, par qui et pour qui, mais aussi l’art dans et pour quel environnement culturel global ? A la première, on peut avancer la politique de l’excellence artistique, comme a cru bon de l’instituer la Rue de Valois depuis les années 60. D’accord pour tirer vers le haut mais avant d’être en haut, n’est-on pas en bas au préalable ? D’autre part, les doigts d’une main me suffisent pour compter les artistes d’envergure internationale qui révolutionnent l’histoire de leur art à Toulouse. C’est pourquoi tous les acteurs artistiques doivent être considérés à partir de leur projet, quel que soit leur mode d’expression, et le critère d’exigence artistique, si important soit-il, ne doit pas être exclusif. Car un artiste, peut-être un peu moins pertinent qu’un autre, pourra être plus intéressant sur son territoire s’il développe d’autres atouts : la sensibilisation, l’éducation artistique, la mise en relation. Et nous voilà donc à notre troisième question : pour qui ?

C’est bien sûr là où le bât blesse, surtout à Toulouse. Les principales institutions culturelles de la ville ont grosso modo leur public mais celui-ci est rarement issu des quartiers périphériques.

Tel que vous le suggérez, il faut bien sûr résolument revoir la carte de la distribution des crédits, à commencer par ceux des budgétivores Théâtre du Capitole et Orchestre national du capitole.

Une politique artistique ambitieuse et renouvelée commence par de telles mesures courageuses qui supposent de vrais arbitrages avec l’Etat. Mais une politique culturelle véritable va bien au-delà. Répondre à la question non pas d’un élargissement des publics car cela reviendrait à se placer d’entrée dans un registre de consommation de la culture, mais du partage de la culture avec l’ensemble des citoyens suppose d’abord de s’intéresser aux pratiques artistiques et culturelles des populations laissées sur le bord de la route, bref à un environnement singulièrement plus large que les seuls domaines professionnalisés de l’art. Cela va de toutes les cultures urbaines (hip hop, rap, slam, graf’, etc.) aux musiques actuelles en passant par le nouveau cirque, les arts d’intervention urbaine, la création audiovisuelle et bien sûr l’ensemble des pratiques liées aux nouvelles technologies. Le cadre des activités de loisirs et des pratiques amateur est à cet égard essentiel. Il est aujourd’hui tout particulièrement incongru d’impulser une politique artistique et culturelle sans prendre en compte les formidables mutations dans les comportements des nouvelles générations. Pour cela, il n’est pas inutile de s’inspirer d’expériences concluantes dans le paysage national, comme les Rencontres de La Villette qui ont su conjuguer la prise en compte des nouvelles pratiques, la détection des talents, les passerelles avec les autres arts. Car il ne s’agit pas de jeter le bébé avec l’eau du bain, ni de créer un nouveau ghetto. Des événements existent sur le territoire, des associations culturelles ou de quartier survivent comme elles peuvent, des professionnels de la médiation culturelle ont un héritage et une expérience à faire partager, des acteurs du livre ou du spectacle vivant ont de l’imaginaire à transmettre : c’est d’abord sur eux qu’il faut s’appuyer pour tisser des passerelles entre les pratiques nouvelles et les différentes histoires de la vie culturelle locale. Pour mettre en relation professionnels et amateurs, artistes et médiateurs. Et ainsi pour que la culture ne soit plus considérée et abordée comme un secteur autonome du reste, comme c’est trop souvent devenu le cas, mais comme le lieu idéal pour décloisonner cette société trop atomisée et trop repliée sur elle-même.

Comme l’un n’empêche pas l’autre, bien au contraire, le rayonnement international de la quatrième ville de France doit être l’un des leviers de cette nouvelle politique culturelle audacieuse, en écho avec le tissage du territoire. Les grands événements ont leur rôle à jouer, de par leur capacité à rassembler, à créer de l’imaginaire et du festif. Je fais d’ailleurs partie de ceux qui pensent que le Marathon des mots est une belle idée pourvu que les forces vives du tissu local ne s’en sentent pas écartées et s’en emparent. Mais ces événements ne doivent pas exclure des actions à plus long terme comme par exemple des résidences d’artistes ou d’auteurs d’envergure internationale invités non seulement à présenter leurs œuvres mais aussi à partager avec les habitants et les acteurs culturels d’ici. Si Toulouse a la chance d’être capitale européenne en 2013, elle gagnera dix ans dans la nécessaire reconstruction de sa politique culturelle. Mais cela, seulement à partir du moment où le choix du maillage du territoire et de la prime à l’audace prévaudra sur celui de l’apparat sans lendemain.

Cher Pierre Cohen, le chantier est grand mais passionnant… Soyez audacieux, réveillez Toulouse !

Eric Fourreau, fondateur des Éditions de l’Attribut, à Toulouse.



[1] Je m’adresse directement à Pierre Cohen, le mieux placé pour l’emporter, mais j’associe toutes les forces progressistes dans cette réflexion.

[2] En tant que journaliste pour des publications nationales sur le spectacle auparavant, désormais comme éditeur d’une collection d’essais sur les politiques culturelles, repérée nationalement.

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