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le 5/05/2008 par Couac

"Ressource culture" et culture de la ressource

Document de travail
Note d’intention comme préalable au lancement d’une enquête sur la « ressource culture » à l’échelle du Grand Toulouse


Ce document de travail intermédiaire expose les grandes lignes de ce projet d’enquête dont le Couac est l’initiateur à travers sa commission « Ressources ».

Sont successivement abordés : les raisons qui ont poussé le Couac à s’emparer de cette question aujourd’hui (le contexte et les acteurs de la ressource culture), les moyens qu’il entend se donner pour mener à bien ce projet (les différentes phases de l’enquête et l’implication attendue des partenaires), les résultats qu’il espère obtenir (objectifs à court et moyen terme, et prospective).






→ Ressource
-  (anc.fr. resurdre, ressuciter) : Moyens dont on dispose, possibilités d’action (Larousse).
-  Toute substance (y compris les déchets) présente dans un système ou dans son environnement et qui a la capacité fonctionnelle ou technologique de contribuer à une fonction. Une ressource peut être : une réserve d’énergie, du temps libre, de l’information... ENSAM (Ecole Nationale Supérieure d’Arts et Métiers - site internet : http://www.angers.ensam.fr/)
-  Pour l’ensemble des professionnels réunis au sein du Réseau Ressources, la Ressource est une fonction qui permet de répondre le plus justement à toutes les questions concernant les musiques actuelles en mobilisant des réponses multiples, adaptées et non prédéterminées pour informer, former, orienter, conseiller et accompagner les publics dans leur recherche (définition extraite du document cadre « La ressource au service des musiques actuelles » publié sur le site internet : www.ressources-ma.org)

La « ressource culture »

Une première remarque sémantique introductive est nécessaire : pour bien circonscrire notre objet, nous marquons une différence entre « les ressources culturelles » que l’on peut définir comme un ensemble vaste, jamais clos, qui irait du patrimoine matériel (sites archéologiques, monuments, musées, expositions, etc...) au spectacle vivant (théâtre, danse, musique...) en passant par les activités et traditions culturelles, le paysage, la culture gastronomique... que l’on peut trouver sur un territoire donné et « la ressource culture » entendue comme une « fonction particulière qui consiste à organiser un ensemble de techniques et d’outils et à mobiliser des réponses adaptées pour informer, orienter et accompagner les publics du secteur culturel dans leurs recherches ». [1]

Une première phase d’identification de cette ressource est nécessaire : quelles sont « les ressources culturelles » qui développent (et comment ?) de la « ressource culture » ? Cette mise au point est essentielle pour expliciter la démarche que nous retiendrons : partir des connaissances que nous avons des « ressources culturelles » qui développent de la « ressource culture » et non aller à la recherche de l’ensemble des « ressources culturelles » possibles sur un territoire.

Le contexte

La question de la ressource dans le domaine culturel fait l’objet d’une véritable préoccupation, notamment depuis ces dix dernières années qui ont vu l’avènement d’une culture pilotée par l’impératif de la communication. « La multiplication des sources et le développement des nouvelles technologies permettent aujourd’hui de disposer d’une multitude d’informations. C’est désormais la gestion de la sur-information, bien plus que sa pénurie, qui est au cœur des processus d’acquisition des connaissances » [2].

Même si la demande de savoirs et de services (accompagnement, formation, etc...) n’est pas une chose nouvelle dans le secteur culturel, il nous semble cependant important de souligner, avec d’autres, la rapide croissance des besoins exprimés par les amateurs et les professionnels qui s’y investissent. Chacun a besoin de repères, de savoir par quels chemins aller « de l’initiation à l’épanouissement, de l’esquisse à la réalisation, de la maquette à la tournée » [3] L’accès à l’information, la maîtrise du renseignement, l’entretien de relations sont perçus pour l’ensemble des professionnels du secteur culturel comme des atouts décisifs sur un marché concurrentiel (fût-il protégé et régulé par la puissance publique)... En France, comme le rappelle E. Wallon, auteur du rapport remis en septembre 2005 au Ministre de la Culture (« Sources et ressources pour le spectacle vivant ») « des organismes spécialisés ont émergé, puis ont grandi avec l’aide du ministère de la Culture et de la Communication pour livrer des sources de connaissance et fournir des ressources immatérielles au service de différentes catégories d’acteurs (professionnels, amateurs, spectateurs...) ». Mais, poursuit-il, « l’éparpillement de l’offre ne permet pas de répondre de manière satisfaisante à l’ensemble des interrogations de ces derniers. Les circuits d’information, de plus en plus enchevêtrés, restent d’un abord difficile pour les non-spécialistes. »

Parce qu’ils sont d’une part soucieux de (mieux) répondre aux demandes d’information, de documentation, d’accompagnement et de conseil de différents publics (professionnels et amateurs, praticiens et/ou spectateurs, enseignants ou étudiants...), et d’autre part attentifs dans le contexte de réduction des budgets culturels à réunir les conditions d’une juste et nécessaire répartition de ces « ressources » avec le soucis de prendre en compte différents niveaux d’analyse (économique, territorial, démocratique...) des acteurs culturels mettent en place des outils, imaginent des modes d’agir et de faire, capables d’anticiper sinon d’appréhender les enjeux de ce vaste champ.

Plusieurs contributions récentes émanant de divers endroits (monde associatif, réseaux, institutions...) révèlent l’ampleur de ces enjeux. Comme le souligne le réseau Ressources Musiques Actuelles, l’un des réseaux les plus actifs et productifs sur ce sujet « l’accompagnement et la mise à disposition de ressources sont aujourd’hui des sujets centraux dans toute la réflexion sur ce secteur et, plus largement, sur l’ensemble du domaine culturel ».

« Ressource » et « ressources »

Si le terme de « ressources » reste encore trop étroitement associé dans l’opinion à la seule acception « budgétaire », (mais n’a t-on pas vu surgir au milieu des années 90 les fameuses « ressources humaines », expression très controversée), il nous revient dorénavant pour bien se faire comprendre de préciser de quelle « ressource » nous parlons, : « naturelles, culturelles, matérielles, immatérielles, virtuelles, électroniques »...

Une littérature grise composée d’un ensemble d’articles, de textes, d’études, d’enquêtes est en train de se constituer. On s’interroge sur ce que veut dire « ressources ». Dans cet effort de conceptualisation, de définition, la technologie joue un rôle. L’essor de l’Internet montre une évidence : « les millions de pages disponibles sur le réseau Internet sont de nature et de forme trop différentes pour constituer des "documents" au sens traditionnel du terme. Ces « ressources » sont identifiées par leur adresse précise sur un site, encore appelée URL (Uniform Resource Locator) ». [4] Pour autant, ces « ressources » électroniques ou « numériques » ne constituent pas à elles seules « l’ensemble des recours auxquels quiconque peut faire appel pour trouver une réponse (documents, personnes, dispositifs...) ». Et encore, le réseau Ressources invite à faire la distinction entre cet ensemble de « ressources » et « la ressource », définie comme « la fonction particulière qui doit représenter une fonction claire, lisible et reconnue (...) un véritable métier, avec son éthique, son fonctionnement et ses attendus, autour du problème de l’accès, de l’organisation, de la circulation, et de l’appropriation de l’information » [5]. Si le terme de « ressource » est bien pratique pour élargir ou englober, prendre en compte plus largement un ensemble de dispositifs à l’œuvre, et l’évolution de notre univers technologique, il ne faut pas non plus qu’il se trouve vidé de sens : la tentation est grande d’en faire une notion fourre-tout. D’où la nécessité de définir plus intelligemment cette « fonction ».

« Un des enjeux majeurs est de faire valoir la nécessaire plus-value apportée par les professionnels de l’information : en matière de validation, d’organisation, de transmission des savoirs et des connaissances, ils jouent un rôle irremplaçable - faute de quoi, on risque d’être confronté à une bouillie intellectuelle où le nombre de connexions tiendra lieu de validation. » Anne-Marie Bertrand [6] .

La fonction ressource portée par ces professionnels a une responsabilité : « outils, techniques et compétences sont utilisés suivant des valeurs définies et susceptibles de favoriser la démocratisation des savoirs ainsi que l’autonomisation des personnes dans le développement de leurs projets ». Elle doit faciliter « le développement individuel, le développement des activités, le développement artistique et culturel ainsi que le développement des territoires (...) elle nécessite une évaluation et une remise en question permanente des savoirs et des techniques, en lien avec l’ensemble des ressources existantes » [7].

La fonction ressource permet de mobiliser « des réponses multiples, adaptées et non prédéterminées pour informer, orienter, conseiller et accompagner les publics dans leur recherche ».
« Cette fonction vise à fournir une réponse graduée qui prenne en compte la singularité de chaque requête, et se base sur trois principes :
-  Elle se fonde invariablement sur un diagnostic, soit un travail qui consiste à reconnaître l’objet exacte de la recherche, et à favoriser la formulation des bonnes questions. Avant de fournir une quelconque réponse, les professionnels de la ressource bâtissent un processus d’identification des véritables besoins, exprimés ou non. Ils construisent ainsi le cheminement le plus adapté pour fournir une réponse cohérente, en fonction de la nature et du contexte de la demande.
-  Elle ne positionne pas l’apprenant comme sujet passif de sa recherche, mais comme un acteur dynamique de son développement. Il ne s’agit donc pas d’une transmission verticale ou instrumentalisée du savoir : c’est une médiation entre des individus et une multitude de recours, dispersés et non prédéterminés, qu’ils doivent à leur tour s’approprier.
-  Elle trouve racine dans la capacité d’expertise des professionnels qui en font leur métier : confrontés quotidiennement à la complexité des activités et des pratiques, capables de mobiliser des savoirs, des compétences, des techniques et des outils pleinement adaptés à leur sujet, expertisés sur le fond et sur la forme, ils garantissent un accès plein et entier aux connaissances. » (Document cadre "La Ressource au service des Musiques Actuelles")

Elargissements

La « Déclaration universelle sur la diversité culturelle » adoptée à l’Unesco à l’unanimité le 2 novembre 2001 énonce un certain nombre d’objectifs que se sont fixés les Etats membres, tels que « associer étroitement les différents secteurs de la société civile à la définition des politiques publiques visant à sauvegarder et à promouvoir la diversité culturelle » ou encore « favoriser l’échange des connaissances et des meilleures pratiques en matière de pluralisme culturel, en vue de faciliter, dans des sociétés diversifiées, l’inclusion et la participation des personnes et groupes venant d’horizons culturels variés ».

Cette réflexion a trouvé également un large écho dans le rapport commandé par le Ministère de la Culture et de la Communication à Emmanuel Wallon. Il s’agissait là encore de « renforcer les échanges et de mutualiser des tâches d’intérêt général entre les Centres de Ressources du Spectacle Vivant (CR-SV) qui font référence dans leur discipline, en les encourageant à mieux structurer leurs réseaux de relais territoriaux, ainsi que les alliances qu’ils concluent avec leurs partenaires pour affronter des problématiques transversales. L’essor des ressources immatérielles doit aller de conserve avec le développement du spectacle vivant, l’augmentation du nombre de ceux qui en étudient les arts ou qui s’y initient, la croissance des effectifs de praticiens et de compagnies, l’élargissement des publics de tous âges et de tous milieux sociaux. »

On peut aussi citer le travail du Relais Culture Europe dont l’objectif est d’inscrire la culture - au sens large - au sein de la politique de cohésion pour la période 2007-2013 en la positionnant comme un facteur de développement économique et social des territoires. « Dans un contexte de recentrage des objectifs communautaires sur la croissance et l’emploi, la culture peut apparaître comme favorisant l’innovation et le développement d’une économie de la connaissance, deux facteurs jugés essentiels par l’Union pour assurer un fort potentiel de croissance sur le territoire européen. En effet, en termes d’innovation technologique, une part importante des entreprises du secteur culturel, non seulement utilisent intensivement les nouvelles technologies de l’information et de la communication (NTIC), mais surtout développent des contenus spécifiques adaptés à celles-ci. Ce secteur dispose également d’activités innovantes à fortes externalités positives et participant de systèmes d’innovation. Il s’intègre en outre dans des logiques de pôles d’excellence et d’innovation, permettant la mise en réseau et le travail commun entre PME, centres de recherche, universités et centres de formation. Enfin, la culture peut participer de la capacité d’innovation régionale en facilitant l’introduction de nouveaux processus et méthodes de travail parmi les partenaires régionaux. »

Une réalité à étudier

Sur le plan de l’emploi, on peut noter que dans les trois enquêtes réalisées sur le dispositif emploi-jeune par Opale sur trois secteurs culturels (Musiques Actuelles, Nouveaux territoires de l’art, arts de la rue et arts du cirque), 30 à 40% des emplois créés relevaient de missions consacrées à l’accompagnement des pratiques et des projets ou à la communication. [8]

Comme le relève Opale [9], de nombreuses organisations professionnelles du secteur associatif culturel se lancent ou envisagent de se lancer dans la réalisation d’enquêtes auprès de leurs membres pour développer la connaissance des réalités de leur réseau, et en transmettre des synthèses à leurs partenaires publics afin de les aider à construire des politiques tenant compte de ces réalités ».

L’essor de nouveaux médias (en particulier internet) associés aux aventures de ces structures culturelles a participé à accélérer la nécessité de cette réflexion qui a pu aboutir, entre autres, sur la mise en place de processus permanents de connaissance distanciée et partagée de leurs développements. Faire référence à l’Internet n’est pas anodin, il a été inventé pour permettre (d’abord sur un plan militaire, ensuite sur un plan scientifique) le partage d’informations, pour rendre accessible à chaque membre du réseau des programmes, des données et des équipements... « Le numérique et l’explosion du web ont été des éléments très significatifs ces dernières années. Une transformation des pratiques d’écriture, de recherche, de partage, de classement, de lecture et d’écoute, favorisant la montée d’organisations fondées sur des bases économiques alternatives- moteurs, services de web 2.0 -, ce qui déplace la relation sociale au savoir et à la culture ». Jean-Michel Salaün [10]

Plusieurs temps d’enquête qui ont abouti sur des rapports, des analyses plus ou moins fines ont été impulsés ces derniers mois, commandés par des réseaux, collectifs, fédérations ou collectivités et se sont appuyés ou ont été directement portés par des organismes tels « Opale », le CNAR-Culture (Centre National d’Appui et de Ressources sur la filière “culture”), Médias-Cité (centre de ressources pour les usages du multimédia), la Fédurok, la Fraap, le réseau Ressources Musiques Actuelles... L’ensemble de ces acteurs ont fait en sorte de rendre compte à l’ensemble des professionnels du secteur des résultats de ces différentes enquêtes. Ce qu’il est intéressant de noter est que la plupart de ces initiatives ont été portées par des démarches collectives et participatives.

Et au Couac ?



[1] Extrait du document cadre « La Ressource au service des Musiques Actuelles » Réseau Ressources - novembre 2006.

[2] Ibid.

[3] E. Wallon. Sources et ressources pour le spectacle vivant. Résumé. p.196. Suite à une commande ministérielle, deux ans d’étude furent employés à dresser un inventaire presque exhaustif des centres et pôles de ressources du spectacle vivant, décrire les prestations des plus importants d’entre eux, analyser les relations qu’ils entretiennent avec leur environnement, avancer des préconisations pour renforcer les services qu’ils apportent en termes de documentation, d’information et de conseil. Ce rapport a été remis en septembre 2005 puis diffusé en février 2006. Une base de données a également pu être constituée, ainsi qu’un répertoire et des annexes bibliographiques conçus pour permettre l’édition d’un guide pratique et d’un site internet d’actualisation aisée.
http://e.wallon.free.fr/rubrique.ph... .

[4] Unité Régionale de Formation à l’Information Scientifique et Technique (UFIRST) http://www.ext.upmc.fr/urfist/ceris...

[5] Extrait du document cadre « La Ressource au service des Musiques Actuelles » Réseau Ressources - novembre 2006. op.cit.

[6] Anne-Marie Bertrand est directrice de l’Ecole nationale supérieure des sciences de l’information et des bibliothèques. Elle a, auparavant, dirigé les bibliothèques municipales de Roubaix, Nantes ainsi que le service études et recherches de la BPI du Centre Pompidou. Elle fut également chargée de mission au ministère de la Culture. Interviewée par Archimag. http://www.archimag.fr/index.php?id=1721

[7] « Infos ressources musiques actuelles » - Réseau Ressources Musiques Actuelles.

[8] Etudes NSEJ sur le site www.culture-proximite.net

[9] L’association Opale - Organisation pour Projets ALternatifs d’Entreprises - s’est créée en 1988 pour offrir ses services aux initiatives culturelles de proximité.

[10] Jean-Michel Salaün est directeur de l’Ecole de bibliothéconomie et des sciences de l’information de l’université de Montréal. Il a été, auparavant, professeur à l’Enssib et a dirigé le réseau Documents et Contenus du CNRS. Auteur de plusieurs ouvrages consacrés à l’informationdocumentation, il anime le blog : http://grds04.ebsi.umontreal.ca/jms... - Interviewé par Archimag : http://www.archimag.fr/index.php?id=1724 .

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Réseau Ressources Musiques Actuelles

Soucieux de faire (re)connaître leur métier, un certain nombre de structures de diffusion, d’accompagnement, centres d’informations, etc. de musiques actuelles ont constitué un groupe de travail permanent afin de mutualiser leurs compétences, leur réflexion et en faciliter la circulation. Une analyse qui a amené à diagnostiquer de nombreux questionnements quant au développement de l’information et de la ressource au service des Musiques Actuelles. A lire : le document cadre "La ressource au service des musiques actuelles"


http://www.reseauress (...)